Chantrans – Mais que fait la fromagerie ?

De quoi parle-t-on ?

CHANTRANS (25), un flot nauséabond, chaud et mousseux rejoint, presque tous les jours, la forêt en passant par un tuyau enterré. Les eaux, qui sont visiblement très mal épurées, proviennent de la fromagerie Monnin. Plus bas, le rejet rejoint le ruisseau de Bonnecreau, puis la Bonneille et enfin la Loue à Ornans quelques kilomètres en aval.

C’est une affaire qui dure depuis des années. Le préfet est déjà intervenu à plusieurs reprises, le dernier arrêté de mise en demeure date du 24 décembre 2020, mais visiblement, la situation problématique n’est pas résolue. Les consommateurs de Comté vont-ils s’offusquer pour qu’enfin des dispositions efficaces soient prises pour protéger les cours d’eau de la région ?

Déjà en 2018, la CPEPESC diffusait les images d’un rejet visiblement mal épuré. En 2019, d’autres images, accessibles ici montraient que visiblement la situation n’avait pas évolué. Nous venons d’être alertés, que la situation perdurait et nous avons pu le constater sur place comme l’atteste la vidéo ci-dessus.

Plusieurs arrêtés préfectoraux de mise en demeure

2020

Les inspecteurs de l’environnement sont sur l’affaire depuis longtemps. Lors d’un des derniers contrôles réalisés sur place par un inspecteur de l’OFB en septembre 2020,

une température de rejet de 31,9°C a été relevé (contre 25 autorisé) ainsi qu’une concentration de phosphore à 27,8 (contre 10 autorisé par le SAGE Haut Doubs Haute Loue)

Le préfet a pris un arrêté de mise en demeure en date du 24 décembre 2020 (pages 45 et suivantes). On y apprend que la station d’épuration est dimensionnée pour assurer le traitement des eaux usées d’une capacité journalière de traitement de lait de 15000 à 21000 litres. Or les volumes de lait traités sont toujours supérieures et ont même atteint les 33561 L/j en mai 2020 ! Quand à la concentration de phosphore, elle a même atteint 54 mg/L le 27/12/2017.

2018

En 2018, déjà, selon l’Arrêté de mise en demeure d’Août 2018 (pages 54 à 60), la fromagerie dépasse les 60kg de DBO5 à traiter par jour et atteint même 75kg ! Quant au débit de pointe, il atteint 33m3 par jour durant le mois de mai 2018, bien au delà des 25m3 autorisés.

En effet, selon l’arrêté préfectoral de prescriptions spéciales du 8 février 2006 relatif à la fromagerie Monnin, la filière de traitement est dimensionnée pour une charge à traiter de 60kg de DBO5 par jour. Le débit de pointe des effluents ne doit, quant à lui, pas dépasser 25m3 par jour et le niveau de rejets des effluents traités doit respecter les valeurs indiquées dans le tableau ci-dessous. sur un échantillon moyen journalier. Or on constate que déjà en 2016, puis en 2017, les résultats de l’autosurveillance sont bien au delà des concentrations maximales.

Paramètres à surveillerConcentration maximale autorisée après traitement (en mg/L)Résultats de l’autosurveillance du 24/05/2016Résultats de l’autosurveillance du 27/12/2017
DBO5 (Demande biochimique en oxygène)259295
DCO (Demande Chimique en Oxygène)125588328
MES (Matières en suspension)35430170
NTK (Azote total Kjeldhal)404153
source : page 57 ==> https://www.doubs.gouv.fr/content/download/24101/158767/file/recueil-25-2018-045-recueil-des-actes-administratifs.pdf

Combien de fromageries ne sont pas aux normes ?

Ce problème sous-capacitaire des stations d’épuration des laiteries se pose sur l’ensemble de l’aire AOP Comté (Doubs, Jura et Ain). En effet, la diversification des types de fromage produits, boostée par l’image très porteuse des laits de montagne et du Comté, a conduit les laiteries à importer des laits de plaine. Ces laits s’ajoutent localement aux augmentations de volumes de lait de la zone Comté suite à la fin des quotas (+ 24 % en 12 ans).

Récemment en Coderst, la DDCSPP 25 a indiqué avoir pris en compte cette situation au niveau du département du Doubs, à ce stade où toutes les rivières karstiques ploient sous les pollutions de toute nature exacerbées par des canicules et sécheresses de plus en plus sévères, il apparaît urgent d’aborder ce sujet à la bonne échelle géographique.

L’agence de l’eau doit considérer cette vérification et remise en état des stations d’épuration de fromageries comme une action collective à mener à large échelle.

Comme nous le constatons, la situation de la station d’épuration de la fromagerie de Chantrans est un exemple parmi d’autres. Le traitement défectueux des effluents de fromageries contribue à l’excédent structurel de nitrates et de phosphates dans nos rivières.