Nous, collectif SOS Loue et Rivières Comtoises, rassemblant des associations environnementales, naturalistes, de pêcheurs et citoyens, refusons de considérer comme « normale » l’annonce, dès le 20 mars, d’une interdiction totale de baignade dans la Loue à Parcey pour toute la saison 2026. Après des années de fermetures répétées, le site est désormais classé en « qualité insuffisante » sur les cartes officielles, symbole d’une dégradation chronique.

Nous ne contestons évidemment pas la nécessité de protéger la santé quand les analyses révèlent des contaminations (bactéries fécales, épisodes de cyanobactéries). Ce que nous dénonçons, c’est le choix de s’installer dans la facilité de l’interdiction permanente, au lieu de traiter les causes connues : pollutions diffuses, déficiences d’assainissement, pressions multiples sur le bassin de la Loue. Transformer les panneaux « baignade interdite » en horizon habituel d’une rivière, c’est acter son abandon.

Ce renoncement local fait écho à d’autres renoncements plus larges :

  • une loi « d’orientation agricole » qui recule encore sur les exigences environnementales et traite les rivières comme variables d’ajustement ;
  • l’abandon par les élus du Conseil départemental du Doubs de la démarche des « flux admissibles » sur le bassin Haut‑Doubs Haute Loue, alors que cet outil fixait pour une fois des objectifs chiffrés à la hauteur des enjeux de nutriments et d’eutrophisation.

Une rivière vivante, pas une zone rouge

Se baigner dans la Loue n’est pas un luxe : c’est un usage populaire, accessible à toutes et tous, qui deviendra vital à l’heure des étés de plus en plus chauds. Quand l’eau n’est plus baignable année après année, ce n’est pas seulement un loisir qui disparaît : c’est le signe qu’un droit concret à un environnement sain recule, pour les humains comme pour la vie aquatique.

On voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas d’alternative, que la Loue serait « naturellement fragile » et qu’on ne pourrait rien faire. Nous affirmons au contraire que cet état est le résultat de choix d’aménagement, de modèles agricoles et de politiques de l’eau insuffisantes, que nous documentons depuis plus de quinze ans, notamment à travers nos recours juridiques au niveau européen.

Récemment encore, la Commission européenne a rappelé à la France qu’elle devait mieux transposer la directive‑cadre sur l’eau, en prenant pleinement en compte les populations de poissons et la continuité des rivières dans l’évaluation du « bon état écologique ». C’est exactement ce que nous dénonçons depuis des années : des indicateurs et des méthodes qui maquillent la réalité écologique des rivières karstiques comme la Loue plutôt que de la révéler.

Ce que nous refusons, ce que nous demandons

Nous n’acceptons pas que l’interdiction de baignade à Parcey devienne un fait divers de plus, géré en mars et oublié en juillet. Nous n’acceptons pas que l’État et les collectivités se retranchent derrière des arrêtés sanitaires répétés pour masquer l’absence de volonté réelle de réduire les pollutions à la source.

Nous demandons :

  • une transparence totale sur l’état de la Loue et les raisons des interdictions, avec des données lisibles pour le grand public ;
  • un plan d’urgence sur le bassin pour réduire les apports en nutriments, pesticides et rejets, avec calendrier et objectifs vérifiables ;
  • un cap politique clair : rendre la Loue à nouveau baignable à l’horizon prochain, avec des étapes publiques, plutôt que s’installer dans la résignation.

Nous appelons les habitantes et habitants du bassin, les usagers de la rivière et les élus qui refusent cette fatalité à se mobiliser aux côtés des associations : pour que la Loue reste une rivière vivante dans laquelle on peut encore se baigner, et pas une ligne rouge sur une carte.