« Cachez ce rejet d’eaux usées que je ne saurais voir »

Ce rejet ci-dessous (voir vidéo) a été filmé en février 2023. Des travaux sont en cours dans cette station d’épuration. Mais ils ne sont pas terminés et ne nous leurrons pas, cette pollution perdure depuis des années avec un impact que personne ne peut nier sur la faune et la flore. Vous trouverez sous la vidéo une analyse réalisée par le collectif SOS Loue et Rivières comtoises sur les risques environnementaux liés à l’assainissement, l’historique et les méfaits de la politique actuelle ainsi que nos propositions pour améliorer la qualité de l’eau.

Rappelons-le, la qualité des cours d’eau est la priorité du collectif SOS Loue et Rivières Comtoises.

LE RISQUE ENVIRONNEMENTAL DES ACTIVITÉS URBAINES

Les collectivités ont beaucoup investi depuis 30 ans dans la construction, l’extension, la rénovation des Stations d’Épuration (STEP) ainsi que dans l’amélioration de la collecte des effluents (extension des réseaux, mise en séparatif, lutte contre les fuites, …). Or la dégradation des rivières n’a fait qu’augmenter pendant ce laps de temps. Personne ne comprend, ni ne se sent responsable : les politiques mettent en place les budgets, les techniciens construisent et exploitent, l’État vérifie : tout le monde a le sentiment du devoir accompli. Les résultats mesurés par l’Office Français de la Biodiversité montrent que les rendements officiellement imposés sont atteints. Pourtant, sur le terrain, il faut se rendre à l’évidence : les doctrines financières, techniques et réglementaires mises en œuvre ne résolvent pas les problèmes.

Débordement d’une Station d’épuration (STEP) – Territoire de Belfort

1- l’historique de l’assainissement

La facilité que procure l’eau amenée directement au cœur des maisons a conduit à une forte augmentation des consommations et au développement de l’offre de nouveaux produits polluants (détergents, cosmétiques). La concentration de l’habitat a entraîné la construction de réseaux de collecte pour rejeter les eaux salies et polluées dans des endroits jugés alors « moins sensibles » comme les rivières, les failles et les dolines, puis ensuite la construction de STEP pour traiter ces rejets.

Les performances sont jugées selon l’urgence de jadis : en premier lieu, la non toxicité des effluents, puis la clarté (élimination des matières en suspension), puis la maîtrise de la consommation d’oxygène pour terminer par la minéralisation des matières organiques. Se sont rajoutés ensuite les traitements des nitrates et des phosphates, qui ont nécessité d’importants investissements.

Déversoir d’orage, eaux usées et lingettes – Haute-Saône 2022

2- Les méfaits de cette politique

La réglementation s’est élaborée parallèlement. Elle a suivi les techniques et les pratiques observées : définition des responsabilités, des procédures, élaboration de normes de rejets à partir des paramètres habituellement utilisés (MES, DCO, DBO, nitrates et phosphates), définition des contrôles, des objectifs et des sanctions. Ces procédures d’autorisation ont conduit paradoxalement, non pas à une protection des rivières, mais à un véritable droit à polluer. Il faut comprendre qu’au lieu de protéger les rivières de l’eutrophisation, la législation autorise à l’inverse les collectivités à rejeter nitrates et phosphates à des débits constants et non négligeables. À cela s’ajoutent les apports en micropolluants (hormones, métaux lourds, médicaments, biocides) qui traversent les stations sans être dégradés ou insuffisamment.

Les milieux aquatiques sont parmi les milieux les plus sensibles à la pollution du fait de la faiblesse de l’oxygène disponible et de la mobilité des éléments dans le milieu. L’apport, même faible, d’éléments fertilisants conduit au développement des formes de vie primaires que sont les cyanophycées et les algues filamenteuses. Celles-ci perturbent le développement de la faune des invertébrés dont les insectes et crustacés déjà affaiblie par les polluants multiples.

Les propositions du collectif SOS Loue et Rivières Comtoises

1/ Réduire la consommation de produits polluants : limiter les phosphates et micropolluants divers. Cela a déjà été fait en grande partie pour les produits de lavage, comme les tensioactifs et détergents. Il faut continuer sur cette voie et aller beaucoup plus loin en interdisant les produits dangereux pour l’environnement. Il est possible, dans la plupart des cas, de les remplacer par des produits dont la non-toxicité est avérée.

2/ Encourager une diminution des consommations d’eau par des mesures financières appropriées : dans l’état actuel du calcul de la facture d’eau, plus on consomme, moins le mètre cube d’eau coûte cher. Il faut inverser cette logique !

3/ Encourager, partout où cela est possible, l’infiltration des eaux pluviales dans les sols pour empêcher que l’eau de pluie ne soit polluée et n’alimente des STEP déjà saturées.

4/ Interdire le rejet direct dans les cours d’eau en sortie de STEP en adaptant à chacune des STEP, en commençant par les plus importantes et les plus en amont, un étage tertiaire extensif réalisant un milieu tampon entre le système d’assainissement et le réseau hydrographique. Selon les caractéristiques foncière et topographique, ce peut être un champ d’épandage, un lagunage de faible profondeur avec un temps de séjour des effluents d’au moins 3 jours, une roselière ou un fossé d’assainissement. En effet, le sol est un milieu beaucoup moins sensible que l’eau. L’eau rejoindra la rivière après que les bactéries du sol aient capté les derniers éléments fertilisants. Cette nouvelle approche technique commence à se répandre, il faut l’encourager et l’accélérer.

5/ Traiter de la même façon les déversoirs d’orage, soit par zone tampon, soit par bassin d’orage. Il faut impérativement limiter l’impact négatif ponctuel qui peut altérer la qualité générale du cours d’eau. Les évènements pluvieux violents et de forte intensité provoquent des épisodes de « surverse » de plus en plus fréquents et perturbants qui impactent durablement les milieux aquatiques.

6/ Améliorer le rendement du système d’assainissement des communes, en améliorant l’étanchéité des réseaux, le nombre de raccordements et en corrigeant les erreurs de raccordement.