Le 4 décembre 2025, une sortie de terrain au ruisseau du Breuil, à Lavernay (Doubs), fait suite au signalement d’une possible pollution transmis par France Nature Environnement. Les observations et mesures réalisées sur place confirment l’état très dégradé de ce petit cours d’eau, en aval notamment de la fromagerie du village et de sa station d’épuration interne.
Un signalement, puis une enquête de terrain
Alerté trois jours plus tôt par France Nature Environnement Doubs (FNE Doubs) sur la base de photos inquiétantes, un membre du collectif SOS Loue et Rivières Comtoises s’est rendu sur place le 4 décembre pour documenter la situation.
Le secteur étant peu connu, la première approche se fait par l’aval du village, près de grands bâtiments agricoles et à proximité de la station d’épuration communale (STEP).
Dès ce premier point d’observation, le ton est donné : eau très trouble, lit du ruisseau profondément incisé, rives abruptes rendant l’accès difficile. Un petit rejet mousseux s’écoule dans le ruisseau, probablement lié à la STEP communale, mais ce point ne correspond pas aux photos initialement transmises.
Sous la fromagerie, un ruisseau déjà très mal en point
Le repérage se poursuit donc vers le centre du village, au droit de la fromagerie située en bordure du ruisseau du Breuil. Depuis le pont, l’observateur retrouve le paysage des clichés reçus par FNE Doubs : arrivées d’eaux depuis la rive, mousses blanches et aspect douteux du cours d’eau.
En se faufilant entre la fromagerie et le ruisseau, deux tuyaux sont identifiés. Le premier, de gros diamètre, ne laisse pas apparaître de débit au moment de la visite. Un second tuyau, plus petit mais actif, évacue un flux continu en provenance évidente de la station d’épuration de la fromagerie, un ouvrage récent et conséquent. L’eau qui en sort est peu engageante et forme à son arrivée dans le ruisseau des plaques de mousse blanche, alors que le ruisseau en aval présente de gros paquets de mousse accrochés aux branches.

Des analyses qui parlent d’elles‑mêmes
Des mesures simples sont réalisées sur l’eau sortant du tuyau de la fromagerie : température 16,7 °C, pH 7,0, ammonium à 0,2 mg/l, nitrites à 0,02 mg/l, nitrates à 1 mg/l et phosphates à 1 mg/l. Pour un effluent de STEP, ces valeurs ne sont déjà pas satisfaisantes, en particulier pour les nutriments (azote et phosphore) qui contribuent à l’eutrophisation des milieux aquatiques.
La vraie surprise vient toutefois de l’analyse de l’eau du ruisseau quelques dizaines de mètres plus bas, vers le pont : température 8,4 °C, pH 7,3, ammonium à 0,3 mg/l, nitrites à 0,05 mg/l, nitrates à 10 mg/l et phosphates toujours à 1 mg/l. Autrement dit, le ruisseau en lui‑même est plus chargé que l’effluent de STEP sur l’ensemble des paramètres mesurés, ce qui illustre un état de dégradation avancée du milieu, déjà saturé par d’autres apports.

Un petit bassin versant pris en étau
Cette situation « où une eau de STEP déjà pas bonne se jette dans un cours d’eau encore plus mauvais » est évidemment exceptionnelle. Elle témoigne d’un bassin versant soumis à de multiples pressions : domestiques, industriels, agricoles…
Même l’eau sortant du lavoir du village, tout proche du lieu de stationnement, est visiblement dégradée : en rejoignant son exutoire, elle favorise le développement de grosses algues brunes, signe supplémentaire d’un milieu déjà enrichi en nutriments. À l’échelle régionale, ce cas n’est malheureusement pas isolé.
Ce que demande SOS Loue et Rivières Comtoises
Le cas du ruisseau du Breuil illustre une réalité que le collectif dénonce depuis des années : les petits cours d’eau, souvent invisibles dans les statistiques officielles, encaissent une part disproportionnée des rejets domestiques, agricoles et industriels. Leur capacité d’auto‑épuration est dépassée, avec des conséquences directes sur la biodiversité et sur les cours d’eau en aval.
Face à cette situation, SOS Loue et Rivières Comtoises demande que la qualité des rejets d’assainissement soit évaluée et strictement contrôlée, que les apports agricoles diffus soient réellement réduits et que les petits ruisseaux comme celui du Breuil cessent d’être les exutoires oubliés de nos activités humaines. Ce type de sortie de terrain continuera d’être documenté et rendu public, afin que ces rivières ne meurent pas en silence.




