Les ONG dénoncent le projet d’aménagement de la Véloroute V50 en Haute-Saône

Projet de véloroute entre Corre et Port-sur-Saône
Les ONG proposent des variantes au tracé du Département de Haute-Saône

Les ONG environnementalistes France Nature Environnement Bourgogne Franche-Comté, France Nature Haute-Saône, le collectif Sos Loue et Rivières comtoises et la CPEPESC Franche-Comté unissent leur voix pour dénoncer le projet d’aménagement de la Véloroute entre Corre et Port-sur-Saône (70) porté par le Département de Haute-Saône tel qu’il est actuellement élaboré. Devant le nombre d’atteintes à l’environnement dont ce tracé serait responsable, nous proposons un autre parcours, moins impactant pour les habitats et la faune.

Le projet de véloroute européenne (V50 – l’échappée bleue Moselle-Saône) est soutenu par les défenseurs de l’environnement à condition que  sa conception et sa réalisation respectent les milieux traversés et leur biodiversité. 

Alors que le tracé présenté pour réaliser le tronçon Corre/Port-sur-Saône traverse une zone d’intérêts écologiques majeurs, la « ZONE NATURA 2000 VALLÉE DE LA SAÔNE », et constitue un des principaux réservoirs biologiques du bassin Rhône Méditerranée Corse, le tracé proposé par le Département prévoit «l’artificialisation de 56 929 m² de zones humides et 47 260 m² d’habitats d’intérêt communautaire, exclusivement des prairies».

À terme, cette véloroute, si son tracé n’était pas modifié selon nos recommandations, deviendrait sur de longs secteurs un obstacle au domaine de liberté de la rivière Saône, une entrave à sa dynamique pourtant indispensable à sa régénération, à son équilibre et à la biodiversité rivulaire. Sans compter que cette proximité à la rivière pourrait nécessiter des travaux de consolidation de berges, induisant des coûts de maintenance très élevés, et banalisant encore davantage le lit mineur de la Saône.

La construction d’une véloroute n’est pas anodine, elle impacte l’environnement, le choix de son emplacement est donc fondamental.

Après un aménagement désastreux réalisé en 2018-2019 sur la partie amont Fontenoy-le-Château/Corre qui a conduit entre autres à la suppression d’une centaine d’arbres séculaires, ce nouveau projet impacterait également certaines des espèces d’oiseaux les plus emblématiques du Val de Saône : le courlis cendré, le râle des genêts, le pipit farlouse, la pie-grièche écorcheur.

Sans être la principale cause de l’effondrement des populations d’oiseaux, l’accès, l’afflux et l’augmentation de la fréquentation des vélos mais aussi, comme nous le constatons très souvent, de piétons accompagnés de chiens non tenus en laisse, de véhicules de pêcheurs/chasseurs et promeneurs, de quads et de motocyclettes … ne font qu’accentuer dangereusement le déclin de ces espèces qui requièrent des conditions de quiétude indispensable, conditions qui sont à l’origine de leur fragilité et donc de leur classement en listes rouges régionale ou nationale des espèces menacées. D’après les associations naturalistes, le Courlis cendré a systématiquement déserté les secteurs du Val de Saône où les chemins ont été ouverts à une forte circulation piétonne ou cycliste notamment lors de la création du tronçon de la Véloroute au sud de Port-sur-Saône. 

Ces espèces sont désormais en sursis. Les études réalisées par le Département de Haute-Saône ont délibérément passé sous silence ces données et n’en n’ont pas tenu compte dans l’élaboration du dossier de  projet d’aménagement de ce nouveau tronçon. 

Cette accessibilité à tous les publics pose la question du statut  même de cette véloroute dans le département de Haute-Saône.  Le cahier des charges des véloroutes spécifie pourtant bien que « des dispositifs empêchant les véhicules motorisés de pénétrer sur la voie » doivent être installés. Il n’en est absolument rien dans les portions déjà réalisées.

Le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) ne s’y est pas trompé puisqu’il vient de rendre, le 11 mai 2020, un avis défavorable au tracé dans sa configuration actuelle.

Les propositions de variantes proposées par les ONG – toutes tirées du dossier d’autorisation environnementale unique et du dossier multicritères et choix des variantes engagés par le département sont portées par la volonté forte de préserver un patrimoine exceptionnel de vie sauvage tout en améliorant l’intérêt du tracé. Elles visent aussi à créer une réseau de véloroutes connectés entre elles notamment celui du projet de voie verte portée par la Communauté de Communes des Terres de Saône sur l’ancienne voie de chemin de fer Port-d’Atelier à Bourguignon-lès-Conflans. Elle vise enfin à mettre en place une série de mesures de conservation et de réhabilitation du Val de Saône, indispensable pour assurer un développement soutenable du territoire.

 À l’aube du 21ème siècle, nous devrions avoir appris que c’est à l’homme de s’adapter à la nature et non plus à la nature de s’adapter à l’homme.

Donnons aux 25 000 cyclistes prévus en 2028 le loisir et le bonheur de profiter de ce cadre sans pour autant être responsables d’avoir détérioré un milieu si riche.

Pièces jointes :

1/«Aménagement du tronçon de la Véloroute Corre – Port-sur-Saône – l’Echappée Bleue dans le département de Haute-Saône – avis et propositions des ONG environnementalistes»  (50 pages)

2/ Avis du Conseil National de Protection de la Nature du 11 mai 2020

3/ Communiqué de presse complet

Contact sur ce dossier : 

3 commentaires sur “Les ONG dénoncent le projet d’aménagement de la Véloroute V50 en Haute-Saône”

  1. je dirais même plus, c’est aux lois de s’adapter à la Nature locale et non à la Nature de se modifier pour respecter les lois nationales (parisiennes).
    Que certaines études exposent dans leurs conclusions ce que le maitre d’ouvrage veut entendre n’est pas nouveau, l’étude récente sur la Loue antre en grande partie dans ce moule.
    Toutefois on sait comment cela se passe; des conclusions objectives rendues par le bureaux d’études doivent être modifiées , amendées voire souvent réécrites pour faire plaisir au donneur d’ordres qui, parfois, pratique du chantage au règlement de la facture.
    C’est pourquoi il ne faut pas systématiquement faire confiance aux études commandées par des maitres d’ouvrages qui souhaitent réaliser des aménagements.
    Certaines voies de chemin de fer abandonnées s’avèrent des cicatrices « enfrichées » dans le paysage; elles pourraient utilement être transformées en pistes cyclables … et sans dénivelés en plus !
    Inutile de créer encore des voies de communication supplémentaires.

  2. Malheureusement les élus départementaux ont déjà prouvés leur amour de l’asphalte et leur vision archaïque de ce qu’ils appellent le développement .Que faudra t’il pour les faire évoluer?

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